# Comment préparer sa retraite lorsque l’on exerce une activité non salariée ?
La retraite des travailleurs non salariés (TNS) constitue un enjeu patrimonial majeur qui nécessite une anticipation rigoureuse. Contrairement aux salariés qui bénéficient de régimes de retraite souvent plus généreux, les indépendants perçoivent en moyenne des pensions nettement inférieures. En 2023, la pension moyenne d’un TNS s’élevait à seulement 1 085 € par mois, contre 1 530 € pour l’ensemble des retraités français. Cette différence significative s’explique par des cotisations obligatoires moins élevées et des assiettes de calcul moins favorables. Face à cette réalité, vous devez impérativement mettre en place une stratégie patrimoniale globale combinant optimisation des régimes obligatoires, constitution d’une épargne complémentaire et diversification de vos investissements pour maintenir votre niveau de vie à la cessation d’activité.
Les régimes de retraite obligatoires pour les travailleurs non salariés (TNS)
Le système de retraite des travailleurs indépendants repose sur une architecture complexe qui varie selon la nature de l’activité exercée. Chaque catégorie professionnelle cotise auprès d’organismes spécifiques, avec des modalités de calcul distinctes. Cette fragmentation historique du système explique en partie les disparités importantes observées entre les pensions des différentes catégories de TNS.
Le régime de base des artisans et commerçants via la SSI (ex-RSI)
Les artisans, commerçants et industriels relèvent désormais de la Sécurité sociale des indépendants (SSI), intégrée au régime général depuis 2020. Ce régime dit « aligné » fonctionne selon des principes similaires à celui des salariés pour la retraite de base. Vous cotisez à hauteur de 17,87% sur la première tranche de revenus jusqu’à 46 368 € (le plafond annuel de la Sécurité sociale en 2024), puis 0,72% au-delà de ce seuil. Une cotisation minimale de 967 € reste due même en cas de revenu faible ou déficitaire, garantissant la validation d’au moins trois trimestres de retraite.
Le calcul de votre pension de base s’effectue selon la formule classique : revenu annuel moyen des 25 meilleures années × taux de liquidation × (nombre de trimestres validés / durée de référence). Pour bénéficier du taux plein de 50%, vous devez avoir cotisé entre 167 et 172 trimestres selon votre année de naissance. La retraite complémentaire des indépendants (RCI) fonctionne par points, avec des cotisations de 8,1% jusqu’à 44 286 € et 9,1% entre 44 286 € et 192 240 €. La valeur du point RCI, fixée à 1,292 € en 2024, permet de calculer votre pension complémentaire en multipliant le nombre de points acquis par cette valeur.
La CIPAV pour les professions libérales non réglementées
La Caisse interprofessionnelle de prévoyance et d’assurance vieillesse (CIPAV) couvre historiquement certaines professions libérales non réglementées. Depuis 2018, les nouveaux affiliés relevant d’activités libérales non réglementées sont progressivement basculés vers le régime général de la SSI. Toutefois, les professionnels déjà affiliés à la CIPAV avant cette date conservent leur rattachement, créant une situation transitoire qui perdurera plusieurs décennies.
Le
régime de base de la CIPAV fonctionne par points. Vos cotisations sont converties en points selon une valeur d’acquisition fixée chaque année, puis votre pension est calculée en multipliant le nombre total de points par la valeur du point de retraite au moment de la liquidation. Ce système est proche de celui d’une « carte de fidélité » : plus vous cotisez dans la durée, plus vous accumulez de points, et plus votre retraite future sera élevée.
La retraite complémentaire obligatoire à la CIPAV repose également sur un mécanisme de points, avec des classes de cotisation minimales et maximales. Vous pouvez, sous certaines conditions, choisir une classe supérieure afin d’acquérir davantage de points et d’augmenter votre future rente, au prix d’un effort de cotisation plus important pendant votre activité. Il est donc essentiel, surtout en début de carrière, de vérifier régulièrement vos droits sur votre relevé de situation individuelle et d’ajuster le niveau de vos cotisations en fonction de vos capacités financières et de vos objectifs de retraite.
Les sections professionnelles de la CNAVPL pour les professions libérales réglementées
Les professions libérales réglementées (médecins, notaires, experts-comptables, architectes, pharmaciens, etc.) sont rattachées à la Caisse nationale d’assurance vieillesse des professions libérales (CNAVPL) pour leur retraite de base. Celle‑ci fonctionne elle aussi par points : chaque année, vos cotisations sont converties en points de retraite de base, ensuite valorisés selon une valeur de service du point décidée par la CNAVPL. Le calcul de la pension est alors simple : nombre de points acquis × valeur du point × taux de liquidation en fonction de votre durée d’assurance.
En parallèle, chaque profession dépend d’une section professionnelle (CARMF pour les médecins, CARPIMKO pour les paramédicaux, CAVEC pour les experts‑comptables, etc.) qui gère un ou plusieurs régimes complémentaires obligatoires. Là encore, les droits sont exprimés en points, mais la valeur d’achat et la valeur de service du point varient fortement d’une caisse à l’autre. Deux libéraux ayant des revenus comparables mais affiliés à des caisses différentes peuvent donc percevoir des retraites très différentes. Vous avez tout intérêt à consulter les documents de votre caisse pour connaître la valeur actuelle du point, les projections de pension et, le cas échéant, les possibilités de surcotiser pour améliorer vos droits.
Le régime des exploitants agricoles MSA
Les exploitants agricoles relèvent de la Mutualité sociale agricole (MSA), qui gère l’ensemble de leur protection sociale, y compris la retraite. Le régime de base se compose de deux volets : une retraite forfaitaire, liée à la durée de carrière agricole, et une retraite proportionnelle, calculée en fonction des revenus professionnels déclarés. Cette double structure vise à garantir un minimum de pension tout en tenant compte de la capacité contributive réelle de l’exploitant.
La retraite complémentaire obligatoire des non‑salariés agricoles, également gérée par la MSA, fonctionne sur la base de points. Les cotisations versées durant votre carrière permettent d’acquérir des points qui seront convertis en rente lors de votre départ à la retraite. Compte tenu des aléas propres à l’activité agricole (variations climatiques, cours des matières premières, etc.), il est particulièrement recommandé d’anticiper une épargne retraite complémentaire individuelle pour sécuriser votre niveau de vie futur, même si vos revenus peuvent être cycliques.
Les dispositifs de retraite complémentaire facultative pour optimiser ses revenus futurs
Les régimes obligatoires de retraite des travailleurs non salariés, qu’ils soient gérés par la SSI, la CIPAV, la CNAVPL ou la MSA, assurent rarement à eux seuls un taux de remplacement suffisant pour maintenir votre niveau de vie. Pour combler cet écart, vous pouvez recourir à des solutions de retraite complémentaire facultative. Ces dispositifs, assortis de cadres fiscaux avantageux, vous permettent de vous constituer une rente ou un capital en complément de vos pensions de base et complémentaires obligatoires.
Le contrat madelin : déduction fiscale et constitution d’une rente viagère
Les contrats retraite Madelin, créés par la loi éponyme de 1994, ont longtemps constitué la solution de référence pour les TNS souhaitant déduire de leur revenu imposable des cotisations retraite facultatives. Bien qu’ils ne soient plus commercialisés depuis l’entrée en vigueur du Plan d’Épargne Retraite (PER), de nombreux indépendants détiennent encore un contrat Madelin. Le principe est simple : vous versez des cotisations régulières, fiscalement déductibles dans la limite d’un plafond, et vous percevez en contrepartie, à la retraite, une rente viagère.
Le principal atout du contrat Madelin réside dans sa déductibilité fiscale à l’entrée. Vos cotisations viennent diminuer votre bénéfice imposable, ce qui peut générer un gain immédiat d’impôt substantiel si vous êtes dans une tranche marginale élevée. En contrepartie, l’épargne est bloquée jusqu’à la retraite, sauf cas de déblocage exceptionnel (invalidité, liquidation judiciaire, etc.), et la sortie se fait uniquement en rente, sans possibilité de récupérer un capital. Si vous disposez d’un Madelin ancien, il peut être pertinent de comparer, avec l’aide d’un conseil, le maintien du contrat et son transfert éventuel vers un PER individuel offrant plus de souplesse.
Le plan d’épargne retraite individuel (PER) adapté aux TNS
Le Plan d’Épargne Retraite individuel (PERin) est aujourd’hui l’outil central de préparation de la retraite pour les travailleurs non salariés. Accessible à tous, il permet d’effectuer des versements libres ou programmés, sans obligation annuelle de cotisation, et de choisir entre une gestion libre et une gestion pilotée à horizon, qui sécurise progressivement votre épargne à mesure que vous approchez de la retraite. Les sommes versées sont en principe bloquées jusqu’au départ à la retraite, mais la loi prévoit des cas de déblocage anticipé, notamment pour l’achat de votre résidence principale ou en cas d’accident de la vie (invalidité, décès du conjoint, surendettement, etc.).
Sur le plan fiscal, le PER est particulièrement intéressant pour les indépendants : vos versements peuvent être déduits de votre revenu professionnel imposable dans la limite de plafonds spécifiques (10 % du bénéfice imposable, dans la limite de 8 PASS, auxquels s’ajoutent 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS). Concrètement, chaque euro versé peut vous « coûter » beaucoup moins après économie d’impôt. À la sortie, vous pouvez opter pour un capital, une rente ou une combinaison des deux. Le capital est alors imposé selon des règles spécifiques, tandis que la rente est taxée comme une pension de retraite. Ce mécanisme permet de lisser votre fiscalité dans le temps et d’adapter vos retraits à vos besoins.
L’assurance-vie en démembrement de propriété pour la transmission
L’assurance-vie reste un pilier de la stratégie patrimoniale des TNS, tant pour préparer la retraite que pour transmettre un capital dans un cadre fiscal avantageux. En souscrivant un contrat multi‑supports, vous pouvez répartir votre épargne entre un fonds en euros sécurisé et des unités de compte plus dynamiques, en ajustant progressivement le niveau de risque à l’approche de la retraite. Contrairement au PER, l’épargne reste disponible à tout moment, ce qui en fait un outil de souplesse pour financer vos projets ou faire face à un besoin ponctuel de trésorerie.
Pour optimiser la transmission de votre patrimoine, vous pouvez recourir au démembrement de propriété de la clause bénéficiaire : vous désignez un bénéficiaire en usufruit (souvent le conjoint survivant) et un ou plusieurs bénéficiaires en nue‑propriété (enfants, par exemple). À votre décès, le conjoint percevra les revenus ou pourra arbitrer le contrat, tandis que les enfants disposeront d’un droit de propriété différé sur le capital. Cette technique permet de concilier protection du conjoint, anticipation de la succession et maîtrise de la fiscalité successorale, tout en profitant des abattements spécifiques à l’assurance‑vie.
Le contrat de retraite article 83 pour les gérants majoritaires
Les contrats dits « Article 83 », ou régimes à cotisations définies, sont des dispositifs de retraite supplémentaire mis en place par l’entreprise au profit de certains salariés ou dirigeants. Pour un gérant majoritaire de SARL ou d’EURL, un contrat de type Article 83 peut être souscrit via la société et financé par des cotisations obligatoires, déductibles du résultat de l’entreprise. Les droits acquis se traduisent, à terme, par le versement d’une rente viagère lors du départ à la retraite.
Ce type de contrat présente un double intérêt : d’une part, il permet d’optimiser la rémunération globale du dirigeant en favorisant la retraite différée plutôt que la rémunération immédiate lourdement fiscalisée ; d’autre part, les cotisations versées par l’entreprise ne sont pas considérées comme des avantages en nature, dans certaines limites, et bénéficient donc d’un traitement social et fiscal avantageux. En revanche, la contrepartie est une faible liquidité (pas de rachat possible hors événements exceptionnels) et une sortie exclusivement en rente. Il convient donc d’intégrer l’Article 83 dans une stratégie globale où il complète d’autres outils plus souples comme le PER ou l’assurance‑vie.
Calcul et validation des trimestres de cotisation pour les indépendants
Comprendre comment vos trimestres de retraite sont validés est essentiel pour piloter votre fin de carrière. Que vous soyez en régime réel ou en micro‑entreprise, le nombre de trimestres validés dépend de vos revenus soumis à cotisations, et non du temps réellement travaillé. C’est un peu comme un compteur kilométrique : ce n’est pas la durée pendant laquelle vous roulez qui compte, mais la distance parcourue, c’est‑à‑dire ici le montant des revenus déclarés.
Les seuils de chiffre d’affaires en micro-entreprise pour valider 4 trimestres
En micro‑entreprise, la validation des trimestres se fait à partir du revenu forfaitaire calculé après abattement, puis converti en revenus cotisés. Pour valider un trimestre, il faut atteindre un revenu cotisé équivalent à 150 heures de SMIC, soit environ 1 750 € en 2024. Pour valider 4 trimestres dans l’année, vous devez donc atteindre au moins quatre fois ce seuil en revenu cotisé, ce qui correspond à un chiffre d’affaires minimal qui varie selon la nature de l’activité (BIC ou BNC, vente ou prestation de services).
À titre indicatif, un micro‑entrepreneur en prestations de services BIC doit réaliser un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de quelques dizaines de milliers d’euros pour valider systématiquement 4 trimestres. Si votre activité décolle lentement ou que vous travaillez à temps partiel, vous risquez de ne valider que 2 ou 3 trimestres par an, ce qui allongera la durée de votre carrière nécessaire pour atteindre le taux plein. Il peut alors être judicieux d’ajuster votre rythme de facturation, voire de compléter votre activité par une autre source de revenus cotisée, afin de ne pas pénaliser votre future pension.
L’assiette des cotisations sociales et l’acquisition des droits à retraite
Pour les indépendants au régime réel (BIC/BNC), l’assiette des cotisations sociales correspond au bénéfice professionnel, après déduction des charges. Plus votre bénéfice est élevé, plus vous cotisez, et plus vous validez de trimestres et de points de retraite. À l’inverse, une optimisation fiscale trop agressive, qui réduit fortement votre bénéfice déclaré, se traduit mécaniquement par une baisse de vos droits futurs à la retraite. Il s’agit donc de trouver un juste équilibre entre baisse d’impôt à court terme et sécurisation de votre pension à long terme.
Les cotisations vieillesse sont composées d’une part de retraite de base et d’une part de retraite complémentaire. La part de retraite de base conditionne le nombre de trimestres validés chaque année, tandis que la part complémentaire détermine l’acquisition de points. Vous pouvez suivre, via votre espace personnel sur le portail Info‑Retraite, le nombre de trimestres validés et le total de points accumulés. Cet « état des lieux » régulier vous permet d’ajuster vos choix : rachat de trimestres, augmentation des cotisations facultatives, changement de statut juridique pour optimiser votre couverture sociale, etc.
Le rachat de trimestres loi fillon pour carrières incomplètes
Si votre carrière comporte des « trous » (années d’études supérieures non cotisées, périodes d’activité à temps partiel limité, débuts d’activité avec faibles revenus), la loi Fillon vous permet, sous conditions, de racheter jusqu’à 12 trimestres. Ces rachats peuvent porter sur des années incomplètes ou des années d’études. Le coût du rachat dépend de votre âge, de votre revenu et de l’option choisie (rachat pour le taux seul ou pour le taux et la durée d’assurance), mais il peut constituer un excellent levier pour atteindre plus vite le taux plein et augmenter significativement votre pension.
Avant de vous engager, il est indispensable de réaliser des simulations : combien vous coûtera le rachat de trimestres, et quel supplément de retraite en retirerez‑vous chaque mois ? En règle générale, plus vous êtes jeune au moment du rachat, plus l’opération est intéressante, car le coût par trimestre est moins élevé. Ce mécanisme fonctionne un peu comme le rachat anticipé d’une dette : plus vous intervenez tôt, plus l’effort est limité et mieux vous améliorez votre situation future.
Stratégies patrimoniales et fiscales de préparation à la retraite
Au‑delà des dispositifs de retraite obligatoires et facultatifs, la préparation de la retraite des TNS passe par une véritable stratégie patrimoniale. L’objectif ? Diversifier vos sources de revenus pour ne pas dépendre uniquement de vos pensions et utiliser intelligemment les outils juridiques et fiscaux à votre disposition. Comme pour un portefeuille financier bien construit, il s’agit de ne pas « mettre tous vos œufs dans le même panier ».
L’investissement immobilier locatif en LMNP et LMP pour générer des revenus passifs
L’investissement locatif, notamment sous les statuts de loueur en meublé non professionnel (LMNP) ou professionnel (LMP), est une solution privilégiée par de nombreux indépendants pour générer des revenus complémentaires à la retraite. En LMNP au réel, vous pouvez amortir le bien et le mobilier, déduire les charges (intérêts d’emprunt, travaux, frais de gestion, etc.) et, dans bien des cas, neutraliser fiscalement vos loyers pendant de nombreuses années. Vous percevez ainsi des revenus quasi nets d’impôt, qui viendront compléter vos pensions une fois votre crédit remboursé.
Le statut LMP, accessible sous certaines conditions de recettes et d’inscription au RCS, offre des avantages supplémentaires (imputation des déficits sur le revenu global, exonération possible des plus‑values à la revente après une certaine durée d’activité), mais implique un engagement plus important et un risque économique plus fort. Quelle que soit la formule choisie, l’objectif est le même : transformer progressivement vos revenus d’activité en revenus « passifs » de loyers, afin de financer votre niveau de vie à la retraite sans dépendre uniquement de vos régimes de retraite.
La création d’une holding patrimoniale pour optimiser la transmission
Pour les TNS dirigeants de sociétés (gérants de SARL, présidents de SAS, professionnels libéraux en SEL, etc.), la création d’une holding patrimoniale peut constituer un outil puissant de préparation de la retraite et de transmission d’entreprise. En logeant vos titres professionnels dans une société holding, vous pouvez remonter les dividendes, réinvestir dans de nouveaux actifs (immobilier, placements financiers, participation dans d’autres sociétés) et préparer progressivement la cession de votre activité principale.
Sur le plan successoral, la holding facilite la mise en place de pactes Dutreil, de donations‑partages ou de démembrements de titres, permettant de transmettre l’entreprise dans un cadre fiscal allégé tout en conservant le contrôle. C’est un peu comme bâtir un « coffre‑fort » patrimonial au‑dessus de votre activité : vous organisez la détention, la répartition et la transmission de vos actifs de manière globale, plutôt que de gérer chaque élément isolément. Un accompagnement par un expert‑comptable et un notaire est toutefois indispensable pour sécuriser ce type de montage.
Le cumul emploi-retraite libéralisé pour les entrepreneurs
Le cumul emploi‑retraite permet de percevoir simultanément une pension de retraite et des revenus d’activité. Pour les TNS, ce dispositif peut être un excellent moyen de lisser la transition entre vie professionnelle et retraite complète. Une fois vos pensions liquidées à taux plein et toutes vos retraites obligatoires demandées, vous pouvez, sous conditions, bénéficier d’un cumul emploi‑retraite « libéralisé » sans plafond de revenus : vous poursuivez ou reprenez une activité indépendante tout en conservant l’intégralité de vos pensions.
Cette solution est particulièrement intéressante si vous exercez une activité de conseil, de formation ou d’expertise que vous pouvez adapter en volume et en intensité. Vous conservez ainsi un lien avec votre métier, tout en sécurisant vos revenus. Attention toutefois : les cotisations versées dans le cadre du cumul emploi‑retraite n’ouvrent plus de nouveaux droits à la retraite. Il s’agit donc d’une stratégie de complément de revenus, et non d’un moyen d’augmenter vos pensions futures.
Anticipation de la cessation d’activité et transmission d’entreprise
Arrêter son activité indépendante ne se résume pas à déposer sa demande de retraite. Il s’agit d’un véritable projet à préparer plusieurs années à l’avance, en particulier si vous détenez un fonds de commerce, une clientèle libérale ou des parts de société. Cession, transmission familiale, liquidation amiable : chaque scénario a des conséquences patrimoniales, fiscales et sociales qu’il convient d’anticiper pour optimiser votre départ.
Le dispositif d’exonération des plus-values professionnelles en cas de départ à la retraite
Lors de la cession de votre entreprise individuelle, de votre clientèle libérale ou de vos parts de société, la plus‑value réalisée peut être lourdement imposée. Heureusement, plusieurs dispositifs d’exonération existent, notamment en cas de départ à la retraite. Sous certaines conditions liées à la taille de l’entreprise, à la valeur des éléments cédés ou encore à la durée d’exercice de l’activité, vous pouvez bénéficier d’une exonération totale ou partielle des plus‑values professionnelles.
Le régime d’exonération pour départ à la retraite de l’entrepreneur individuel, par exemple, impose généralement de cesser toute fonction dans l’entreprise et de faire valoir ses droits à la retraite dans un délai donné. Pour maximiser ces avantages, il est crucial de planifier la date de cession, la valorisation de votre entreprise et la chronologie des démarches (demande de retraite, cessation d’activité, signature de l’acte de cession). Une mauvaise anticipation peut vous faire perdre des milliers d’euros d’économie d’impôt.
La valorisation et la cession du fonds de commerce ou des parts sociales
Que vous soyez commerçant, artisan ou professionnel libéral en société, la cession de votre outil de travail constitue souvent une étape clé de votre préparation à la retraite. La valorisation de votre fonds de commerce, de votre clientèle ou de vos parts sociales doit tenir compte de nombreux paramètres : niveau et régularité du chiffre d’affaires, rentabilité, perspectives de développement, dépendance à votre personne, etc. La valeur retenue influencera non seulement le prix de vente, mais aussi le montant des plus‑values et donc la fiscalité associée.
Il est recommandé de faire réaliser une évaluation indépendante et de vous entourer d’un expert‑comptable, d’un avocat ou d’un notaire pour structurer l’opération. Souhaitez‑vous une cession totale ou progressive ? À un tiers ou à un membre de votre famille ? En cédant directement le fonds ou les titres de votre société ? Autant de choix qui auront un impact sur vos liquidités disponibles à la retraite, sur votre charge fiscale immédiate et sur la protection de vos proches.
Le mandat ad hoc et la préparation juridique de la succession
La préparation de la cessation d’activité s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur l’organisation de votre patrimoine en cas d’incapacité ou de décès. Le mandat ad hoc, le mandat de protection future ou encore la désignation d’un mandataire social en cas d’empêchement permettent d’assurer la continuité de la gestion de votre entreprise ou de vos biens en cas de coup dur. C’est une forme de « plan de secours » juridique, qui évite que vos proches se retrouvent démunis face à des décisions urgentes.
Parallèlement, il est utile de revoir votre régime matrimonial, vos testaments éventuels, vos clauses bénéficiaires d’assurance‑vie et la structure de détention de vos actifs professionnels et privés. Une bonne coordination entre ces différents éléments vous permet non seulement de protéger vos héritiers, mais aussi de limiter les droits de succession et de fluidifier la transmission de votre entreprise. Là encore, l’appui d’un notaire et d’un conseiller en gestion de patrimoine est précieux pour bâtir une stratégie cohérente.
Simulation et pilotage de sa future pension de retraite
Enfin, préparer sa retraite lorsqu’on exerce une activité non salariée, c’est accepter de piloter dans la durée sa stratégie plutôt que de la figer une fois pour toutes. Les règles évoluent, vos revenus fluctuent, vos objectifs changent : il est donc essentiel de réaliser régulièrement des simulations de retraite et des bilans patrimoniaux. Le portail officiel Info‑Retraite vous permet déjà d’estimer, à partir de vos droits acquis, le montant de vos futures pensions selon différents âges de départ.
En complément, un simulateur global intégrant vos revenus locatifs, vos contrats d’assurance‑vie, vos PER, vos éventuelles rentes (Madelin, Article 83, etc.) vous donnera une vision d’ensemble de votre niveau de vie potentiel à la retraite. Vous pourrez alors vous poser les bonnes questions : dois‑je augmenter mon effort d’épargne ? Modifier la répartition de mes investissements ? Différer mon départ de quelques années pour atteindre le taux plein ? Comme pour un tableau de bord, ces indicateurs vous aident à ajuster le cap, afin d’aborder la retraite non pas comme une rupture subie, mais comme une étape préparée et maîtrisée de votre parcours d’indépendant.